Préparation physique · carte n°21
Le secret d'une épaule qui tient au service : muscler tes « freins » (le ratio ER/IR)
Au service, ton bras part comme un fouet. Ce qui protège ton épaule à ce moment-là, ce n’est pas le muscle qui pousse : c’est celui qui freine. Et pour bien freiner, tes rotateurs externes devraient valoir environ 66 à 75 % de la force de tes rotateurs internes. Ce chiffre a un nom : le ratio ER/IR.
Les moteurs et les freins de ton épaule
Ton épaule, c’est comme une voiture. Elle a des moteurs et des freins, et les deux comptent autant.
- Les moteurs, ce sont les rotateurs internes (IR) : ils accélèrent ton bras vers l’avant quand tu sers ou que tu frappes fort. C’est eux qui donnent la puissance.
- Les freins, ce sont les rotateurs externes (ER) : ils retiennent ton bras juste après la frappe pour qu’il ne parte pas trop loin, trop violemment.
Une voiture avec un gros moteur mais des freins pourris, c’est dangereux. Ton épaule, c’est pareil.
Le problème du joueur de tennis
En jouant, tu muscles surtout tes moteurs : à force de servir et de frapper fort, les rotateurs internes deviennent costauds. Le souci, c’est que les freins ne suivent pas toujours. Résultat : les moteurs prennent le dessus, le ratio ER/IR baisse, et l’épaule se retrouve déséquilibrée.
| Ce qu’on compare | Rotateurs internes (IR) | Rotateurs externes (ER) |
|---|---|---|
| Rôle | moteurs (puissance) | freins (protection) |
| Au tennis | se renforcent beaucoup | restent à la traîne |
| Ratio ER/IR conseillé | référence | ≈ 66 à 75 % de l’IR |
| Si trop faible | — | épaule plus fragile |
(Les pourcentages sont des ordres de grandeur : ils varient selon les études et la façon de mesurer — voir les sources.)
Pourquoi l’excentrique change tout
Le moment le plus dur pour ton épaule, c’est juste après la frappe, quand tes freins doivent retenir un bras lancé à pleine vitesse. À cet instant, le muscle freine tout en s’allongeant : on appelle ça le travail excentrique.
Imagine que tu retiens une lourde porte qui veut claquer : ta main pousse fort, mais ton bras s’étire quand même. C’est exactement ce que font tes rotateurs externes au service.
Muscler tes freins en excentrique, c’est donc les entraîner exactement dans la situation où ils te protègent. C’est ce qui fait remonter ton ratio ER/IR et rend ton épaule plus solide.
Comment travailler tes freins
Pas besoin de salle : un élastique suffit.
- Coude collé au corps, plié à 90°, tourne lentement l’avant-bras vers l’extérieur.
- Reviens encore plus lentement : c’est la phase excentrique, la plus utile.
- Deux à trois séries de 10 à 15 répétitions, deux à trois fois par semaine.
- Toujours sans douleur et en progressant doucement.
Si ton épaule te fait déjà mal, vois d’abord un kiné : ces conseils sont généraux, pas un diagnostic.
En résumé
- Ton épaule a des moteurs (rotateurs internes) et des freins (rotateurs externes) : les deux doivent être équilibrés.
- Le repère, c’est le ratio ER/IR, autour de 66 à 75 % (ordre de grandeur) ; s’il chute, l’épaule se fragilise.
- Au tennis, les moteurs se renforcent vite mais les freins restent à la traîne : d’où le déséquilibre à corriger.
- Muscler tes rotateurs externes en excentrique (le retour lent à l’élastique) est le geste clé pour protéger ton épaule.
Questions fréquentes
C'est quoi le ratio ER/IR de l'épaule ?
C'est une comparaison entre deux groupes de muscles de ton épaule. Les IR (rotateurs internes) sont les moteurs qui accélèrent ton bras vers l'avant quand tu sers ou que tu frappes fort : ce sont eux qui donnent la puissance. Les ER (rotateurs externes) sont les freins : ils retiennent ton bras et l'empêchent de partir trop loin. Le ratio ER/IR, c'est la force de tes freins divisée par la force de tes moteurs. Au tennis, les moteurs deviennent souvent très puissants alors que les freins restent à la traîne. Si les freins sont trop faibles par rapport aux moteurs, l'épaule est déséquilibrée et se blesse plus facilement. On vise en général un ratio autour de 66 à 75 % (ordre de grandeur).
C'est quoi la force excentrique, en clair ?
Un muscle peut travailler de deux façons. En concentrique, il se raccourcit et tire (par exemple quand tu montes une charge). En excentrique, il s'allonge tout en freinant : imagine ta main qui retient une lourde porte qui veut se refermer, ton muscle travaille fort mais s'étire quand même. Au service, tes rotateurs externes freinent ton bras qui part à toute vitesse : c'est un travail excentrique. C'est le moment le plus violent pour l'épaule, donc plus tes freins sont solides en excentrique, mieux ils encaissent.
Comment muscler mes rotateurs externes sans matériel de salle ?
Un simple élastique suffit pour commencer. Coude collé au corps, plié à 90°, tu tiens l'élastique et tu tournes lentement l'avant-bras vers l'extérieur, puis tu reviens encore plus lentement (c'est la phase excentrique, la plus utile). Deux à trois séries de 10 à 15 répétitions, deux à trois fois par semaine, en contrôlant bien le retour. Vas-y progressivement et sans douleur. Si tu as déjà mal à l'épaule, demande l'avis d'un kiné ou d'un médecin avant : ces conseils sont généraux, pas un diagnostic.
Sources scientifiques
- Cools et al., « The isokinetic rotator cuff strength ratios in overhead athletes », Physical Therapy in Sport (2015) — synthèses reprises par Hadzic (2014) et Johansson (2022) — chez le sujet sain, le ratio ER/IR concentrique se situe classiquement autour de 66 à 75 %, une valeur nettement plus basse (en dessous d'environ 0,60) signalant une faiblesse relative des rotateurs externes associée à un risque accru de blessure ; les sportifs overhead tolèrent parfois un ratio un peu plus élevé (jusqu'à ~0,86)
- Ellenbecker & Roetert, « Shoulder functional ratio in elite junior tennis players », Physical Therapy in Sport (2009) — chez les joueurs de tennis, la force des rotateurs internes du bras dominant est significativement plus élevée que du côté non dominant, tandis que la force excentrique des rotateurs externes reste relativement plus faible, ce qui abaisse le ratio fonctionnel ER/IR du côté dominant
- Niederbracht et al., « Effects of a shoulder injury prevention strength training program on eccentric external rotator muscle strength and glenohumeral joint imbalance in female overhead activity athletes », Journal of Strength and Conditioning Research (2008) — un programme de renforcement excentrique ciblé des rotateurs externes augmente leur force excentrique sans augmenter d'autant les rotateurs internes, ce qui réduit le déséquilibre de l'épaule ; l'entraînement excentrique des rotateurs externes est recommandé en prévention des blessures chez les sportifs de lancer/raquette
Notre règle : chaque carte s'appuie sur des travaux publiés. Si un chiffre est un ordre de grandeur (il varie selon les études), on te le dit dans le texte.
À lire ensuite dans « Préparation physique »
Un match = 300 à 500 changements de direction : accélérer, freiner, repartir
300 à 500 changements de direction par match : le tennis est un sport d'accélérations, pas d'endurance
Un match de tennis, c'est 300 à 500 demi-tours. La science le montre : ton corps travaille en accélérations courtes et freinages, pas en course longue.
1 point ≈ 5 s d'effort pour 15-20 s de repos — le tennis, c'est de l'intermittent
Un point de tennis dure ~5 s pour ~15-20 s de repos : pourquoi tu dois t'entraîner par intervalles
La science le montre : un point de tennis, c'est ~5 s d'effort pour 15-20 s de repos (ratio 1:2 à 1:5). Voilà pourquoi le footing long ne te prépare pas au match.
~80% de tes courses font moins de 2,5 m — travaille le sprint court, pas la VMA
~80% de tes déplacements font moins de 2,5 m : pourquoi le sprint court bat la VMA au tennis
La science le montre : au tennis, ~80% des déplacements font moins de 2,5 mètres. Résultat, l'explosivité sur 5-10 m compte plus que ta VMA pour gagner tes points.