Biomécanique · carte n°15
Passing en course : l'appui ouvert te fait gagner un pas — et tout le reste en dépend
Tu cours à toute vitesse pour rattraper une balle et tenter le passing. Si tu t’obliges à faire un pas de plus pour te placer « comme au ralenti », tu arrives en retard. L’appui ouvert te fait sauter ce pas : tu frappes là où tu es, sans t’arrêter. Et contre-intuitivement, tu ne perds pas de puissance — tu en gagnes.
Fermé ou ouvert : la différence en une image
En appui fermé, tu avances le pied opposé à ta main de raquette et tes épaules se placent de profil, face au côté du court. C’est joli et puissant… quand tu as le temps. En pleine course, ça te coûte un pas de replacement : le temps de le faire, la balle est déjà passée.
En appui ouvert, ton corps reste plutôt face à la balle, les pieds à peu près alignés vers l’avant. Tu frappes sans t’arrêter.
D’où vient la puissance, alors ?
Beaucoup pensent que la puissance vient du pas en avant. En vérité, elle vient surtout de la rotation de tes hanches et de ton tronc. Pense à une porte battante : ce n’est pas en la poussant tout droit qu’elle claque, c’est en la faisant pivoter sur ses gonds.
En appui ouvert et en course, voilà ce qui se passe :
- Ta jambe extérieure (celle du côté de la balle) se pose et bloque ton élan.
- Ce blocage déclenche la rotation de tes hanches, puis de ton tronc.
- Cette rotation se propage jusqu’au bras et à la raquette : c’est la fameuse chaîne cinétique (jambes → hanches → tronc → bras).
Résultat : ta course n’est pas « perdue », elle est transformée en vitesse de balle.
Le tableau qui résume tout
Selon les analyses de biomécanique (Elliott, Kovacs, Bahamonde & Knudson), voici ce que change l’appui en situation de course. Ce sont des ordres de grandeur pour comprendre l’idée, pas des mesures exactes — d’ailleurs les mesures montrent une vitesse de raquette quasi identique entre les deux appuis, l’avantage de l’ouvert étant surtout le temps gagné.
| Situation | Appui fermé | Appui ouvert |
|---|---|---|
| Tu cours / tu es pressé | il faut un pas en plus → tu arrives tard | tu frappes tout de suite |
| Source de puissance | transfert de poids vers l’avant | rotation hanches + tronc |
| Équilibre après la frappe | tu es projeté vers l’avant | tu restes stable, prêt à repartir |
| Quand tu as tout ton temps | excellent contrôle | très bon aussi (semi-ouvert) |
Le point clé : en course, l’appui ouvert te fait gagner du temps ET rester équilibré pour la balle suivante — deux choses vitales dans un échange rapide.
Comment t’y mettre
- Pose fort la jambe extérieure. C’est elle qui freine ta course et lance la rotation. Sans blocage, pas de puissance.
- Tourne les hanches, pas juste le bras. Sens ton bassin pivoter face au filet pendant la frappe.
- Reste bas. Genoux fléchis = plus d’équilibre et une meilleure rotation.
- Ne t’arrête pas pour « bien te placer ». En passing, le temps que tu perds à te placer, tu le perds sur la balle.
En résumé
- En pleine course, l’appui ouvert t’évite un pas de replacement : tu frappes plus tôt.
- La puissance vient de la rotation hanches + tronc, pas seulement du pas en avant — ta course est transformée, pas perdue.
- Tu restes équilibré après le coup, prêt à enchaîner : crucial dans un échange rapide.
- Garde les deux appuis : ouvert quand tu cours ou que tu es tiré, fermé/semi-ouvert quand tu as le temps.
Questions fréquentes
C'est quoi un « appui ouvert » exactement ?
C'est frapper avec le corps plutôt tourné face au filet, les pieds à peu près alignés vers l'avant, sans avancer le pied opposé à ta main de raquette. En appui fermé (l'inverse), tu avances ce pied et tes épaules sont de profil. En course, l'appui ouvert te permet de frapper là où tu es, sans faire le pas supplémentaire pour te placer de profil.
L'appui ouvert, ça enlève de la puissance ?
Non, pas quand tu cours. La puissance ne vient pas seulement du pas en avant : elle vient surtout de la rotation de tes hanches et de ton tronc. En appui ouvert, ta jambe extérieure bloque ta course et déclenche cette rotation, un peu comme quand tu freines d'un côté pour faire pivoter un vélo. Ton élan se transforme en vitesse de balle au lieu d'être gaspillé.
Je dois toujours jouer en appui ouvert alors ?
Non. L'appui ouvert brille quand tu es en déplacement, pressé, ou tiré loin sur le côté. Quand tu as le temps et que tu es équilibré, l'appui fermé (semi-ouvert compris) reste très bien et donne un très bon contrôle. L'idée n'est pas de choisir un camp, mais d'avoir les deux outils selon la situation.
Sources scientifiques
- Elliott B., Reid M. & Crespo M. — ITF Biomechanics of Advanced Tennis (International Tennis Federation, 2003) — en déplacement, l'appui ouvert permet de conserver l'élan et de générer la puissance par la rotation du bassin et du tronc plutôt que par le transfert de poids d'un pas avant
- Kovacs M. & Ellenbecker T. — An 8-Stage Model for Evaluating the Tennis Serve (Sports Health, 2011) ; Roetert, Kovacs et al. — Biomechanics of the Tennis Groundstrokes (Strength & Conditioning Journal, 2009) — la vitesse de la raquette se construit par une séquence proximo-distale jambes → hanches → tronc → bras (jambes et tronc fournissent ~50 % de la force) ; en appui ouvert la rotation hanches/tronc devient la source principale d'énergie
- Bahamonde R. E. & Knudson D. — Kinetics of the upper extremity in the open and square stance tennis forehand (Journal of Science and Medicine in Sport, 2003, 6(1):88-101) — la vitesse de raquette à l'impact en appui ouvert est très proche de celle en appui fermé (différence non significative : 21,2 vs 22,3 m/s chez les pros), l'appui ouvert évitant le pas de replacement en situation de course
Notre règle : chaque carte s'appuie sur des travaux publiés. Si un chiffre est un ordre de grandeur (il varie selon les études), on te le dit dans le texte.
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