Biomécanique · carte n°18

Le bras qui joue au tennis a des os jusqu'à 20 % plus solides : la preuve par le scanner

Lecture : 3 min · basé sur la recherche, sources en bas de page

Passe un joueur de tennis au scanner et tu verras un truc surprenant : le bras qui tient la raquette a des os jusqu’à 10 à 20 % plus denses que l’autre bras. Non, tu ne rêves pas : au tennis, l’os aussi se muscle.

L’idée choc : l’os n’est pas mort, il est vivant

On imagine souvent nos os comme des bâtons de craie figés une fois pour toutes. Faux. Un os, c’est plutôt comme une route très fréquentée : plus il passe de camions dessus, plus la commune la renforce avec du bitume en plus.

Ton os fait pareil. À chaque fois que tu frappes une balle, une onde de choc remonte dans ton bras. Ton corps le remarque et se dit : « ça tape fort ici, je renforce ». Petit à petit, il ajoute de la matière à cet endroit précis. C’est ce qu’on appelle le remodelage de l’os.

Coupe schématique comparant un os fin du bras qui ne joue pas et un os épais et dense du bras dominant, avec environ 10 à 20 pour cent d'os en plus

La preuve par le scanner DEXA

Pour mesurer ça, les chercheurs utilisent une machine appelée DEXA (des rayons X très faibles qui mesurent la solidité des os — la même machine qui sert à dépister les os fragiles chez les personnes âgées).

Le joueur de tennis est un cas d’école parfait : on compare son bras qui joue et son bras qui ne joue pas. Comme les deux bras sont sur la même personne (même âge, même alimentation, mêmes gènes), la seule grosse différence, c’est le tennis. Difficile de faire plus propre comme comparaison.

Ce qu’on compareBras qui ne joue pasBras dominant (qui joue)
Densité de l’osréférence (100 %)environ +10 à +20 %
Épaisseur de l’osplus fineplus épaisse
Causepeu sollicitéchocs répétés des frappes

(Les pourcentages sont des ordres de grandeur : ils varient selon le niveau et les années de jeu — voir les sources.)

Ce qui fait grossir l’écart

Tous les joueurs n’ont pas le même écart. Ce qui compte le plus :

  • Le nombre d’années de jeu : plus tu joues longtemps, plus l’os a le temps de se renforcer.
  • L’intensité : un joueur intensif sollicite bien plus son bras qu’un joueur du dimanche.
  • L’âge où tu as commencé : commencer jeune, avant ou pendant la puberté, donne le plus gros gain, car c’est là que le squelette se construit le plus.

Graphique en barres montrant que l'écart de densité osseuse entre les deux bras augmente avec la sollicitation, du non-joueur au joueur intensif

Pourquoi c’est une bonne nouvelle pour toi

Ce n’est pas qu’un truc rigolo à montrer. Des os plus denses, c’est des os plus solides, donc mieux protégés contre les fractures. Et le capital osseux que tu construis jeune te protège plus tard contre l’ostéoporose (les os qui deviennent fragiles avec l’âge).

Attention quand même : l’os reste vivant. Si tu arrêtes tout sport pendant des années, une partie du gain peut se perdre. Le secret, c’est de bouger régulièrement toute ta vie.

En résumé

  • Le bras qui joue au tennis a des os jusqu’à 10 à 20 % plus denses que l’autre (ordre de grandeur).
  • La cause : l’os est vivant et se renforce là où il encaisse des chocs répétés, comme une route qu’on rebitume.
  • On le mesure au scanner DEXA, et le joueur de tennis est un cas d’école car ses deux bras se comparent facilement.
  • Commencer jeune et jouer régulièrement donne les os les plus solides — un bon capital contre les fractures plus tard.

Questions fréquentes

Pourquoi le bras dominant d'un joueur de tennis a-t-il des os plus denses ?

Parce que l'os est un tissu vivant qui se renforce quand on le sollicite. À chaque frappe de balle, une onde de choc traverse ton bras qui tient la raquette. Ton corps réagit en déposant plus de matière osseuse à cet endroit pour encaisser ces chocs répétés. L'autre bras, lui, travaille beaucoup moins, donc il reste au niveau « normal ». Sur des années de jeu, l'écart peut atteindre 10 à 20 % (ordre de grandeur). C'est pour ça que les joueurs de tennis sont un cas d'école étudié par les chercheurs.

C'est quoi un scanner DEXA ?

DEXA (ou DXA) est une machine médicale qui mesure la densité des os grâce à de très faibles rayons X. C'est l'outil de référence pour dire si des os sont solides ou fragiles, par exemple pour dépister l'ostéoporose chez les personnes âgées. Chez les joueurs de tennis, les chercheurs s'en servent pour comparer le bras qui joue et le bras qui ne joue pas : comme les deux bras appartiennent à la même personne, la seule grosse différence, c'est le tennis. C'est une comparaison très propre.

Est-ce que jouer au tennis rend mes os plus solides pour toute la vie ?

En partie, oui, et c'est une bonne nouvelle. L'os gagné pendant l'adolescence et la jeunesse est le plus « rentable » : c'est à ce moment-là que le squelette se construit le plus. Un capital osseux costaud jeune protège plus tard contre l'ostéoporose. Mais l'os reste vivant : si tu arrêtes tout sport pendant des années, une partie du gain peut se perdre. Bouger régulièrement toute la vie, c'est ce qui entretient des os solides.

Sources scientifiques

  1. Calbet J.A.L., Moysi J.S., Dorado C., Rodríguez L.P. — « Bone Mineral Content and Density in Professional Tennis Players », Calcified Tissue International, 1998, 62(6):491-496 — chez des joueurs de tennis professionnels, le contenu minéral osseux du bras dominant est nettement supérieur à celui du bras non-dominant (229,0 vs 188,2 g, soit environ +22 %)
  2. Kannus P., Haapasalo H., Sankelo M., Sievänen H. et al. — « Effect of Starting Age of Physical Activity on Bone Mass in the Dominant Arm of Tennis and Squash Players », Annals of Internal Medicine, 1995, 123(1):27-31 — commencer le tennis avant ou juste après la puberté produit un écart de densité osseuse entre les deux bras (env. +10 à +23 %) deux à quatre fois plus grand que chez celles ayant commencé adultes (env. +2 à +10 %)
  3. Loi de Wolff / remodelage osseux adaptatif (mécanotransduction), principe établi depuis Julius Wolff (1892) — l'os est un tissu vivant qui se remodèle en fonction des contraintes mécaniques : plus il est sollicité par des impacts, plus il se renforce localement

Notre règle : chaque carte s'appuie sur des travaux publiés. Si un chiffre est un ordre de grandeur (il varie selon les études), on te le dit dans le texte.

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